Vol. 3 No. 6 (2015): Paysages minorants, dynamiques et implications

Ce numéro de Socles réunit des articles sélectionnés à l’issue de la journée d’étude « Paysages minorants, dynamiques et implications » organisée le 5 mars 2014 à l’ENS de Bouzaréah faisant suite à l’appel à contribution traitant la même thématique, lancé par le laboratoire LISODIP.
Il est sans doute présomptueux de prétendre faire ici un historique, fût-il succinct, de la question de la minoration et de ses implications, stratégies, paysages, etc. tant celle-ci semble plonger ses racines très loin dans les premières recherches sociolinguistiques. Si la linguistique structuraliste n’a pas inscrit la variation dans son objet en privilégiant une entrée par les langues standard, la sociolinguistique s’est vite tournée vers les usages hétérogènes en inscrivant, dès le départ et prioritairement, l’étude des variétés linguistiques dans ses relations complexes et naturelles avec les langues nationales, dominantes, supérieures, officielles, etc. Sans doute, la notion de « minoration » a-t-elle à voir avec un paradigme de hiérarchisation langagière impliquant des niveaux (normes, classes) et des projets (politiques linguistiques, planification). Cette caractérisation a été, implicitement, utilisée dans l’élaboration du concept de « diglossie » (Ferguson, 1959), décrivant des situations où des variétés de langues sont co-présentes mais hiérarchisées en variété(s) H et variété(s) L. Toutefois, l’étude des faits de langues comme dynamiques sociolangagières et non pas (uniquement) comme résultats de processus a permis de révéler que, par exemple, le phénomène de « minoration » ne peut être décrit en référence à ses manifestations linguistiques (description sociolinguistique des variétés linguistiques et leurs contacts) mais aussi et surtout en étant adjoint aux perceptions que s’en font les locuteurs. Car
le qualificatif « minoritaire » peut autant s’appliquer à une communauté sociolinguistique majoritaire (les Chinois seraient minoritaires face aux Américains) qu’à une communauté (dite) minoritaire (les Kabyles, les Touaregs en Algérie). C’est dire que la « minoration » est plutôt une expérience qui se vit dans la différence, la rencontre, etc., ce qui implique que son appréhension devrait passer par des choix épistémologiques, théoriques, méthodologiques et éthiques ad hoc.

Published: 2015-10-30